Historique de Torny-le-Grand

Cette brochure n'est pas une histoire complète de la Commune de Torny-le-Grand. Comme l'indique son titre, il ne s'agit que d'un aperçu historique. Il est difficile de lier tous les événements et d'en tirer des conclusions exactes. Mais en voilà un essai.

Yvan Longchamp, instituteur, avril 1978.

ORIGINE ET PREMIERES HEURES DE TORNY-LE-GRAND

En l'année 766 déjà apparaît le nom Taurniaco Supériore. A cette époque, il appartient à l'Abbaye de St-Maurice. Cette forme de 766 ne laisse aucun doute sur le nom de l'Helveto-Romain qui a possédé les terres de Torny. C'est un Taurinius qui a appelé son praedium "Tauriniacum" (1). Il est maintenant nécessaire de préciser que Torny ne possédera sa propre seigneurie qu'en 1600 environ, avec l'arrivée de la famille de Diesbach et que précédemment, il est toujours resté propriété foncière des abbayes et petits seigneurs avoisinants.

Il faut mentionner aussi que la région de Torny est habitée très très tôt, certainement bien avant 766. Preuve en est la citation qui suit : "Lors d'un travail de nivellement, un cultivateur de Châtonnaye découvre un tumulus dans la forêt dite AU PRADAOU BOU, près du PRALET. Il y découvre différents objets de bronze et de fer que l'on peut voir de nos jours, au musée cantonal d'histoire naturelle. L'emplacement du tumulus se trouve à la lisière d'une forêt, sur un plateau élevé d'où l'on jouit d'une vue très étendue sur la belle vallée de la Broye et à environ un kilomètre du lieu où d'autres tumulus ont été ouverts précédemment. Ce tumulus devait avoir environ 1,50 à 2 mètres de hauteur sur un rayon d'environ 8 mètres"

"Ce tumulus ne saurait être de beaucoup antérieur à l'époque où le fer est devenu d'un usage général en Helvétie et par conséquent, à l'invasion romaine de nos contrées. (Etrusques, soit environ deux siècles antérieurs à notre ère).

En suivant une ligne droite de Torny à Rossens, on rencontre une douzaine de tumulus. A un endroit appelé COMBERTIN, au-dessus de MONTBELLEY, on en a fouillé deux de mêmes formes et de même construction que celui du PRALET. Le premier a fourni un bracelet en bronze, un broyon en pierre et quelques parties de poterie, objets parfaitement semblables à ceux que nous trouvons dans les stations lacustres de l'âge du bronze; pas de fer, beaucoup de charbon. Dans le second, se sont trouvés de nombreux débris de poteries dont plusieurs avec des dessins analogues à ceux de l'âge du bronze; du charbon et deux fragments de ceinture de fer".(2)

(1) J. Stadelman - Toponymie romande p. 285

(2) L. Grangier, Archéologie - Etrennes Fribourgeoises 1881

LA POPULATION DE TORNY-LE-GRAND CHANGE SOUVENT DE MAITRE

Commençons par observer l'évolution du nom de la Commune au travers des siècles:

766 Taurniaco Supériore
1145 Tornei
1285 Tornie
1320 Tornye
1578 Tornie le Grand Tornie le Petit
1668 Tornier Tornier Pitet

La distinction entre Torny-le-Grand et Torny-le-Petit (souvent encore nommé Torny-Pitet) apparaît à l'époque où l'on ressent le besoin de séparer la paroisse et que Torny-le-Grand construit sa propre chapelle. Je précise que cette idée sort de ma propre imagination et ne fait aucunement foi. Cependant, notez que les dates concordent et que nous nous en rendrons encore compte par la suite.Essayons maintenant de suivre la succession des seigneurs à qui la population paie la dîme."Le 6 juillet 1360, Amédée comte de Savoie en franc alleu à Jean de Billens, chanoine de Lausanne et à Pierre de Billens, frère, fils de feu noble Willerme de Billens, ses dépendances de Tornye pour le prix de 406 florins d'or, exceptés 7 florins d'hommage " (1) Nous voilà patronnés par les sires de Billens mais qui sommes-nous pour être vendus 406 florins d'or ? Nous sommes alors la population d'un petit village de 21 maisons. En effet le "20 avril 1361, le curé de la paroisse (donc de Torny-le-Petit ) et 6 habitants de Tornye attestent que dans ce village, il y a 11 charrues appartenant à 22 habitants et qu'il y a 21 maisons devant chacune par an, une coupe d'avoine et un chapon pour l’avoinnerie et la chaponerie ". (2)

Mais à ce moment-là, les seigneurs de Vuippens possèdent eux aussi des terres et des droits dans ce village. Cependant, la famille des sires de Billens cherche à acquérir ces droits. Preuve en est donnée par cette citation, "Jean et Nicolas de Vuippens, frères et leurs femmes et Rodolphe (fils de Nicolas) vendent à Amphilixie de Billens, abbesse de la Fille-Dieu et à François de Billens, fils de feu Pierre 1 notre moitié de toute la dîme de Tornier le Grand (3.12.1377). (3)

A peu près à cette même période, l'Abbaye d'Hauterive acquiert également des droits, par donation. "le 28.3.1424, Nichodus Girard, demeurant à Tornye et Aymoneta sa femme, fille de feu Rolet major de Tornye

Grant, reconnaissent devoir à Hauterive, un cens de 9 sols pour les biens qu'ils tiennent dans le village de Tornye " et en 1427 "Reconnaissance en faveur de Hauterive par Pierre Rosetta de Tornier le Grant pour les possessions sises dans ce village". (4)

(1) Schneuwly: Kuenlin 11 371 et Quenet No. 94 p. 306
(2) + (3) idem
(4) Regeste d’Hauterive

Quelques années plus tard, Torny va connaître des moments difficiles. En effet, possession des seigneurs de Villarsel-le-Gibloux, les gens du village devront payer de leur personne, pour des actes dont ils sont étrangers. Pour être au clair, lisons cette citation: "En 1439, les gens de Boniface de Challant, seigneur de Villarsel-le-Gibloux et cosseigneur de Pont-en-Ogoz, ayant détruit le Gibet de Cottens dans la seigneurie de Fribourg, les fribourgeois s'emparent de 29 de ses gens Tornye et les tiennent prisonniers 12 semaines à Fribourg.

Sous l'hégémonie des de Challant, le village acquiert quelques commodités: "le 4 février 1456, Boniface, soit Louis de Challant concède à la communauté, le four du village". Cette citation est complétée par celle-ci, datant de janvier 1486: "Reconnaissance faite par Glaudius Bugnyon et Guillelmus Marmyn en tant que syndics ".Elle concerne le four et quelques pièces de terres dans le village qu'elle tient des seigneurs de Challant mais doit offrir chaque année, un repas et y affecter un montant de 20 sols lausannois.

On sait qu'à cette époque, les gens de Torny-le-Grand se rendent à l'office dominical à Torny-Pitet. Il n'existe qu'une paroisse pour ces deux villages. La sentence qui suit nous en dit plus: "12.7.1552, la sentence du 1 juin 1502, par laquelle les communautés de Tornie le Grand et Tornie le Petit doivent entretenir l'église paroissiale est confirmée".

Une année importante pour le village est 1558. En effet, il change de maître. Lisons plutôt cette notice:" Vente de la seigneurie de Tornie le Grand faite par Françoise de Gruyère, veuve de Charles de Challant, agissant en son nom propre et aux noms de François, Georges, Claude et Johan de Challant, ses fils, à Antoine Alex pour 1200 écus d'or au soleil.

La seigneurie est donc entre les mains d'Antoine Alex. Les habitants lui doivent la dîme mais n'en sont certainement pas quitte pour autant. En effet, de nombreux autres parasites saignent la population. Pour s'en rendre compte, il suffit de prendre connaissance de la note suivante, datant du 14 juin 1562:" Reconnaissance de noble Benoîte feu noble Benoît du Molin (seigneur de Macconnens) femme degrige et discrèt Benoît Nibloz, secrétaire de Payerne pour 1/3 de Marguerite sa soeur femme de feu noble Charles Meyer, pour 1/3 de Françoise et Samuel libérés de noble François et de feue Collette sa femme, soeurs des dites Benoîte et Marguerite, pour 1/3 en faveur des barons de Montagny le mont...Reconnaissons tenir en fief hommage lige des biens et reconnaissance de feu noble Anney de Mouldon, donzel et par lui à feu Messire Humbert bastard de Savoye, chevalier alors du dit Montagny es mains de feu Jean Chalvin, son commissaire reconnu dacquis par le feu Jean Chevroz fait de feu noble François de Billens, Seigneur de Macconnens, fait pour le prix de 350 florins, le 24 février 1514, laquelle lettre d'engageure depuis a été remise à noble Benoît du Molin, comme Héritier de feu noble François de Billens par Georges Buchin de Crissier conjointe personne d'Antoine sa femme, et par noble Claude Fyvoz comme représentant de Françoise Relaissée de feu Aimé Chuard et à iceux non cohéritiers de feu Pierre Chevroz fils de feu Johan Chevroz, acquisiteur susdit par les mains de noble Benoît le 20 juin 1554 aussi d'une recharge de la somme de 80 florins sur la dite engageure, à savoir toute la dîme de Tornier-Pitet, Tornier-le-Grand et Middes que fut du dit feu noble François de Billens, lequel (quart) ne soloit partir avec les autres qui furent noble d'Aygremont et Item et la sexte part d'un autre quart des dits discours avec Hans Ruyf bourgeois conseiller fribourgeois tenant les 5 autres parts de la dite autre quarte partie sur laquelle autre et dernière quarte partie la Fille-Dieu de Romont percevait les gains …. (1)

Nous avons passé une période troublée et peu claire. J'en fais référence au texte précédent, dans lequel il semble que les nobles compliquent à volonté des textes qui leur permettent de saigner à blanc les villageois résidant sur leurs terres. Pourtant, petit à petit, Antoine Alex devient le seul maître de ce qui deviendra par héritage, possession des de Diesbach, ce qui permettra aux villageois d'acquérir quelques droits et de souffler un peu.

Comment Tornier-le-Grand deviendra-t-il une possession des de Diesbach ? Pour le savoir, nous allons retourner en 1573, année à laquelle Georges de Challant, seigneur de Villarzel déclare, le 27 décembre, que Tornier fait partie de sa seigneurie. Plus tard, le 6 août 1590, il reçoit la permission de vendre la seigneurie de Tornier à Antoine Alex. Pour la suite, il faut savoir que Jean-Nicolas-Alex succède à son père, à la tête de la seigneurie. Ce dernier n'ayant pour héritière qu'une fille, celle-ci devint donc dame héritière de Tornier. Cette fille, Marguerite Alex, épousera Georges de Diesbach et lui apportera ses terres de Tornier. Comparons maintenant ces faits avec la citation qui suit: "Le 18. 2.1591, Georges de Diesbach, époux de Marguerite Alex, donzel de Torny, devient seigneur de Torny-le-Grand. Nicolas Alex avait fait l'acquisition le 18 février 1551 de la seigneurie et juridiction de Torny-le-Grand, pour la somme de 2050 écus d'or. Vente faite par François et Georges de Challant, qui était la consécration définitive de l'engageure consentie le premier mai 1558, par Françoise de Gruyère, veuve de Charles de Challant, pour les fortes sommes qui avaient été prêtées par Antoine Alex, père de Nicolas " (1)La seigneurie de Torny devient alors biens d'héritage des de Diesbach. C'est ainsi que nous retrouvons, daté du 3 juin 1634, ce document: "Georges de Diesbach assure à son fils Nicolas, dans le contrat de mariage de ce dernier toute la seigneurie de Torny-le-Grand"(2) , qui prouve encore l'acte de vente cité plus haut. Les villageois ne restent pas inactifs dans cette histoire. Ils se rendent bien compte que puisqu'il est le plus fort, ils ont avantage à se soumettre momentanément à ce nouveau seigneur qui dit-on, est généreux. Le terme de momentanément se justifie du fait que Torny prend de l'importance à cette époque et que ses dirigeants savent qu'un conflit ne saurait être que néfaste.

(1)Quenet 8b p. 253(2)Ghellinck Généalogie Famille de Diesbach p. 339

Ils reconnaissent les de Diesbach seigneurs de Tornier le Grand. Ainsi donc ce document daté du 18 juin 1618: "Reconnaissance en faveur de Georges de Diesbach, leur seigneur, de la communauté, prudhommes et habitants de Tornier le Grand, par Estivent Rubattel et Anthoune Bugnion sindiques et gouverneurs d’icelle".

Une preuve que le village prend de l'importance à cette époque, réside dans le fait qu'en 1630, il devient paroisse à lui seul et jouira par la même occasion du ministère d'un curé, qui aura plus de temps à consacrer à ses fidèles. Il est à présumer aussi que la présence d'un seigneur sur place ne soit pas indifférente à l'installation d'un confesseur et à la séparation d'avec Tornier Pitet qui devient effective en date du 20 juin 1630, selon le dictionnaire Deillon.

Il est maintenant intéressant de citer la liste des curés ayant officié à Torny-le-Grand. Cette liste est tirée du " LIBER BAPTISATORUM - Primus - "qui est le registre des naissances dans la paroisse. Ce livre est tenu et conservé par les prêtres de Torny-le-Grand ou de Mannens, à certaines époques. Je profite de cette parenthèse pour remercier Monsieur le Curé Paul Conscience, de l'aimable collaboration qu'il a su m'apporter en cas de besoin.

LISTE DES CURES DE TORNY-LE-GRAND

Nomination Durée du ministère

1. Claudius Herbeta 1630 3 ans
2. Franciscus Werna 1633 29 ans
3. Franciscus Petrus Rebholht 1662 18 ans
4. Johannes Loys 1680 4 ans
5. Franciscus Macherel (de Chénens) 1684 1 an
6. Joannes Darand 1685 12 ans
7. Jacobus Bifrarez 1697 4 ans
8. Petrus Rollin 1701 17 ans
9. Claudius Marcus Karpff 1718 44 ans
10. Blafusettagnin Aban 1762 4 ans
11. Chappuis? 1766 38 ans
12. Manasius Maire 1804 16 ans
13. Joannes Josephus Margueron 1820 10 ans
14. Joannes Brünisholz 1830 8 ans
15. François Duboin 1838 3 ans
16. Marcoz? 1841 1 an
17. Genry Joseph Delley 1841 11 ans
18. Joannes Dominicus Brazey 1853 3 ans
19. Claudius-Stephanus Pittet 1856 5 ans
20. Franciscus Chappalais 1861 15 ans
21. Hisidorus Defferard (de Chénens) 1876 8 ans
22. Modestus Jeunet 1884 5 ans
23. Constantius Brenier, avec paroisse de Mannens 1890 7 ans
24. Pierre Duval 1897 19 ans
25. M. Bochud 1916 2 ans
26. François Forestier 1919 4 ans
27. Père Eustache, Capucin Desservant 1923 1 an
28. G. Pugin 1924 4 ans
29. S. Berset 1929 3 ans
30. Robert Dumas 1932 16 ans
31. Bernard Geinoz 1949 15 ans
32. Oscar Camélique 1964 5 ans
33. Firmin Dafflon, avec paroisse de Mannens 1969 4 ans
34. Laurent Baudois, avec paroisse de Mannens 1973 1 an
35. Paul Conscience, avec paroisse de Mannens 1974 ans
36. André Dettwiller 19 ans
37. Paul Dévaud 1989 7 ans
38. Edmond Sokpah 1996 2 ans
39. Emmanuel Luhumbu 1998

Dès cette époque, donc 1630, l'Histoire de Torny-le-Grand est directement liée à celle de la famille qui est à sa tête. Elle participera à ses heures de gloire et même un jour, le nom du village sera utilisé pour différencier les branches parallèles de la famille des de Diesbach. C'est ainsi que sont nés les de Diesbach-Torny.La communauté continue de progresser durant cette période. Elle se donne de nouveaux statuts en 1766 et de nouvelles constructions (pont, école, etc.). Pourtant, sur le plan des administrations élargies, le village n'est pas stable étant donné qu'il change de baillage ou de district. Il s'agit d'un désavantage certain pour la population puisque rien de continu n'est entrepris dans le but de favoriser un développement. Se situant à la frontière de plusieurs districts ou propriétés, elle doit souvent être contribuable de plusieurs maîtres ou administrations qui n'entreprennent pratiquement rien en sa faveur. C’est ainsi que probablement, les habitants de Torny-le-Grand, sans pourtant vivre en vase clos, ont appris à ne compter avant tout que sur eux-mêmes.

Avant de poursuivre l'étude de toutes ces modifications, attardons-nous sur les de Diesbach qui sont mêlés de très près à l'histoire de ces événements.
A cet effet, je parlerai surtout de Fridéric de Diesbach-Steinbrugg, Prince de Sainte Agathe. "Cet homme, qui s’élèvera à l'étranger, naît à Fribourg, le 7 mai 1677, de Jean Frédéric de Diesbach, seigneur de Heiten-ried et de Elisabeth de Steinbrugg "
La tradition rapporte qu'il est venu au monde coiffé, fait auquel on attribue son extraordinaire carrière. Il montre en effet, un goût très vif pour celle des armes.
Il entre au service de la France, avec commission de lieutenant colonel. Il est particulièrement brillant au siège de Lille en 1708. N’étant pas promu colonel, il démissionne honorablement sous Louis XIV en 1710 et s'engage au service de la Hollande, avec le rang de brigadier. En 1712, il est dans le Milanais.
Au service impérial en 1714 en qualité de général major, l'empereur Charles VI l'élève au rang de comte de l'empire en 1718. il s'en va en Sicile combattre les espagnols. En 1719, incomplètement remis de blessures, il participe au siège de Messine.
Le 19 septembre 1720, il épouse la comtesse Victoire de Faraone. Il visite alors le pape à Rome, puis s'en va à Vienne où l'empereur l'élève, lui et ses successeurs, au rang de Chevalier de Sainte-Agathe. En 1722, il est à Syracuse dont il est le gouverneur. En juillet 1723, il est le chambellan de l'empereur. Il a sous ses ordres, en 1734, l'aile droite de l'armée impériale, lors de la bataille de Parme qui sera perdue par cette troupe. Il est âgé alors de 57 ans et il se retire à Fribourg, malgré les rappels. Il décédera le 22 août 1751.
Ce prince est particulièrement intéressant pour nous, par son mausolée qui est devenu, pour des raisons assez troubles - probablement jalousies - une décoration de l'église de Torny-le-Grand. Voici en quelques traits, l'histoire et l'aspect de ce monument: " Fridéric est inhumé dans la chapelle des Rois Mages de l’église Saint Nicolas de Fribourg où est encore le caveau de la famille. C'est là que son mausolée aurait dû être placé primitivement. Pour des raisons obscures, l'autorisation ne fut pas accordée. L'héritier du prince décide alors de placer le tombeau dans l'église de la seigneurie de Torny-le-Grand où il est encore"
Le monument, dans le goût du XVIllème siècle, de grandes dimensions et d'un beau travail, se mesure par 4,20 m. en hauteur sur 2 m. de largeur. En marbre noir, il soutient les armoiries avec la couronne et le manteau princier ainsi que les encadrements de deux des inscriptions. Les urnes et divers ornements sont en marbre blanc, tandis que les cuirasses, drapeaux et autres emblèmes guerriers qui bordent les deux côtés, sont en métal doré. L'ensemble produit un certain effet décoratif. On peut y lire une épitaphe latine, oeuvre d'un père jésuite de Fribourg, retraçant la vie du prince. (Paul de Pury: Fribourg artistique 1907
)La paroisse et l'Eglise ne sont pas seules à progresser. La communauté elle aussi avance à grands pas. C'est ainsi que le 2 décembre 1750, un nouveau pas est franchi. "Concession d'une tuilerie, par J.-G. Joseph de Diesbach, seigneur de Torny, à Georges Bugnon et indivis, au lieu dit la Biollaire" Puis, datés du 24 mars 1786, " Des statuts pour l'honorable commune de Torny, vus, agréés et approuvés par Jean Pierre Antoine de Dies-bach, seigneur de Torny et par les communiers de Torny, le 22 mars 1786 et confirmés par le petit conseil le 26 mars en 44 articles. N.B. la commission qui a élaboré ces statuts s'est servie des anciens statuts comme base ". (Dictionnaire Daguet)

Dès lors, Torny vit aussi les événements qui vont secouer et marquer l’Europe. Comme je l'ai fait précédem-ment, je ne citerai que ceux qui sont relatifs et particuliers à la commune. C'est ainsi qu'elle fait successive-ment partie:
de 1798 à 1803 District de Payerne
de 1803 à 1815 Arrondissement de Romont
de 1815 à 1830 District de Montagny
de 1830 à 1848 District de Dompierre
de 1848 à District de la GIâne

Le dictionnaire Daguet fait encore part de la construction d'un pont sur l'Arbogne, près du moulin du village en 1814. En 1818, apparaît le souci de construire une école et l'on décrète un impôt territorial. Vers 1850, apparaissent les armoiries dont voici la description: "Armoirie d'azur à tour d'argent soutenue de deux monts de gueule, accostée de deux croissants d'or et surmontée d’une étoile de même en chef ".

Le 10 mars 1851, apparaît également un règlement pour la construction des routes et leur entretien, en 32 articles. De même, du 9 janvier 1852, sont datés les statuts du cercle agricole de Torny, dont le but était de favoriser le progrès des arts et de l'agriculture. Il est peut être encore intéressant de noter qu'en 1874, la rente de cure, partiellement garantie par la commune, se monte à Fr. 10’504.
Nous sommes donc maintenant face à une commune à part entière. Je trouve intéressant, toujours dans un but didactique, de s'attarder sur le développement que se donne un petit village de la campagne fribourgeoise. La principale source de renseignements utiles, est le livre contenant les procès-verbaux de chacune des assemblées communales, qui m'a été très gentiment mis à disposition par le secrétaire communal, Monsieur Paul Longchamp, que je tiens à remercier. Je précise aussi que je ne ferai que citer quelques événements qui me paraissent marquants parmi les problèmes que rencontrent les citoyens dans la gestion des af-faires communales.
Dans l'ordre chronologique, lors de l'assemblée du 11 mars 1866, les citoyens, dont 13 seulement sont présents, doivent se prononcer au sujet de la souscription d'une somme devant aider à la construction d'une gare à Rosé. On décide d’un montant de Fr. 150.- en précisant que la commune ne débourserait aucune somme supplémentaire relative à la construction d'une gare. N'était-ce pas une erreur? N'oublions pas que l'on hésitait au Grand Conseil, à relier Rosé à Romont par chemin de fer, en passant par Torny. Puis, certaines réticences connues, il fut décidé, à une infime majorité, de tracer la ligne par Villaz-St-Pierre.
Vient ensuite, la question de l'acquisition du château. La procédure est engagée le 21 février 1892. Son prix d'achat revient à Fr. 30’000.- et il faudrait encore le rénover pour le louer. Une idée est émise de vendre le Bois des Roches pour rendre la transaction possible. Les démarches se compliquent et il faut attendre aussi l'autorisation du Conseil d'Etat. Les vendeurs refusent de marchander si bien qu'à peine acquis, le château est revendu Fr. 14’000.- à Monsieur Gachoud, curé d'Onnens. Ce château ne deviendra donc à aucun moment bien communal et par ventes successives, il est à ce jour propriété privée, bien que classé édifice historique.La décision de faire installer la lumière électrique au village, depuis l'Usine de Montbovon, n'intéresse que 15 citoyens présents à l'assemblée du 4 novembre 1900. On décide à l'unanimité d'ajourner cette introduction jusqu'à l’inauguration de la station d'Hauterive
Puis, vient le problème de l'école. soulevé par une lettre de la Direction cantonale de l'instruction publique qui ordonne le dédoublement des classes de l'école mixte. Après discussion, il est décidé que les filles sui-vront les cours dans une salle du château, sous la direction des Soeurs de la Croix de Chavanod dont la Congrégation était étroitement liée avec la Société alors propriétaire des immeubles. Sur proposition de l'inspectrice scolaire Mlle Gremaud est adoptée également à l'unanimité, la possibilité d'ouvrir une école ménagère au château, en date du 3 mars 1905.
Le problème resurgit lors de l'assemblée du 17 décembre.1911, au cours de laquelle on parle de la constru-tion éventuelle d'un bâtiment destiné à recevoir la nouvelle école des filles. Le 3 mars 1912, le plan de l'architecte Spielmann, de Fribourg, est adopté. Voici le texte résumant une partie cruciale de cette assemblée: " Le style de la nouvelle construction sera en harmonie avec les constructions rurales, ce sera le vieux style campagnard avec couverture en tuiles rouges du pays. Le nouvel édifice sera construit de telle façon que, sans modifier sa distribution, il soit possible, dans un avenir plus ou moins éloigné, d'y juxtaposer un second bâtiment symétrique, destiné à l'école des garçons. Il comprendra : une salle de classe suffisante pour 48 élèves et même au besoin pour 54 élèves, un logement comprenant trois chambres et cuisine, une salle pour le conseil communal, une salle de récréation et de réunion au sous-sol, enfin les locaux nécessaires à l'installation de l'école ménagère ".

On rappelle, lors de l'assemblée du 17 juin 1917, quand on parle de réparations à l'école des garçons - bâtiment de l'ancienne cure - que l'on a prévu de déplacer cette école à côté de celle des filles qui vient d'être aménagée. Pour des questions financières, le projet est irréalisable dans l'immédiat, puis gentiment s'oublie.
Il est probable que peu d'habitants de la commune, même parmi ceux qui ont fréquenté les classes de cette école, se souviennent que le bâtiment en question n'est qu'à moitié construit et qu'il n'est pas terminé !
Peu de grands événements à signaler dans la période de l'entre deux guerres si ce n'est des problèmes lancinants d'ordre financier, pour le paiement des contributions à l'Etat, principalement pour la route cantonale traversant la Iocalité et dont l'élargissement et la réfection totale, ont été exécutés. De plus, les obligations découlant des charges de l'assistance publique, grèvent lourdement les budgets si bien que pratiquement, rien de conséquent ne pourra être entrepris pour le développement du village.
Je ne saurais conclure cet aperçu, sans relever les dernières réalisations de la Commune. Je citerai les deux plus importantes :
L'adduction d'eau desservant la localité a été votée en assemblée le 26 mai 1964 et les installations inaugurées en automne 1966, sur la base d'un devis initial de Fr. 720’000.
L'autre importante réalisation réside dans l'aménagement des routes communales de l'agglomération. En effet, le problème revenait périodiquement sur le chapitre des réclamations. L'assemblée du 29 décembre 1972 vota le projet et les crédits d'un devis portant sur Fr. 1'500’000.- environ, pour la réfection du tronçon en direction de Mannens, en direction de Villarimboud jusqu'à la sortie du village les chemins du "Criblet", vers le bâtiment de la poste, le bâtiment scolaire et celui de la laiterie. Les travaux seront entièrement terminées

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